Tribune Eva Joly « Ce que j’ai vu à Fukushima »

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Tribune d’Eva Joly, candidate à la présidentielle, dans Libération, édition du 31 octobre 2011.

 

Dans les semaines qui ont suivi le 11 mars, nous avons tous été ébranlés par la catastrophe de Fukushima, par l’incapacité des Japonais à contenir l’accident et l’inaction des autorités. Depuis, ce nom a cessé de faire la une de l’actualité. Pourtant, ce désastre qui dispute à Tchernobyl le triste privilège d’être la pire catastrophe nucléaire de l’histoire est loin d’être terminé. L’une des principales régions agricoles du Japon est profondément contaminée. En fait, c’est toute la société japonaise qui est victime d’un poison invisible. C’est pour mieux comprendre la situation que j’ai souhaité me rendre sur place [du 19 au 23 octobre, ndlr]. J’en reviens plus convaincue que jamais : le risque nucléaire est inacceptable.

 

 

 

Depuis le 11 mars, la population japonaise s’inquiète chaque jour pour sa santé et surtout pour celle de ses enfants. Les autorités ont rehaussé les normes de contamination acceptables pour les aliments, entraînant une suspicion généralisée : elles sont quinze fois supérieures à celles tolérées en Ukraine après Tchernobyl ! A Tokyo, je suis allée dans un supermarché avec des parents qui m’ont montré le parcours du combattant pour protéger leurs enfants : en l’absence d’informations claires et fiables, ils passent des heures à vérifier l’origine de chaque aliment.

 

 

 

La situation est pire à proximité de la centrale de Fukushima Daichi où je me suis rendue. Les autorités font tout pour minimiser, voire normaliser la situation. Les habitants s’y sentent abandonnés. J’ai rencontré plusieurs associations citoyennes qui essayent de faire la lumière sur la contamination de la région. Grâce à eux, on sait que plus d’un million d’habitants sont exposés à des doses cinq fois supérieures aux normes internationales. Là aussi, les autorités ont rehaussé les normes acceptables – y compris pour les enfants – au niveau de celles jusque-là réservées aux travailleurs du nucléaire ! Mais a-t-on la moindre idée de ce que de telles doses font à l’organisme d’un bébé, d’un enfant en pleine croissance, d’un adolescent ou d’une femme enceinte ?

 
La contamination est partout, mais reste invisible. Le vrai drame, nous le verrons dans quinze ans, quand il sera trop tard. Certains estiment qu’il faudrait évacuer tous les habitants la région. Mais où iraient ces réfugiés nucléaires et pour faire quoi ? Une fois la catastrophe intervenue, il n’y a plus que de mauvaises réponses. Le piège du nucléaire s’est refermé sur les habitants de Fukushima : ils n’ont nulle part ou aller et ne savent que trop ce que rester signifie. Je n’oublierai jamais le regard de ces mères qui ont envoyé leurs enfants au loin pour les protéger ou la détresse de celles qui n’ont pu le faire.

 

 

 

Nous le savons, les autorités japonaises ont tardé à diffuser des informations essentielles. Elles rechignent encore à étiqueter clairement les aliments. Elles refusent le principe d’un droit à s’éloigner des zones irradiées, synonyme d’indemnisation. Mais les principales responsabilités se situent en amont. Car j’ai compris une chose au cours de ce voyage : de Three Miles Island à Tchernobyl et Fukushima, peu importe la nature du régime, le niveau technologique, le caractère public ou privé de l’industrie atomique : l’opacité et les mensonges sont la règle. Au Japon comme en France, le lancement du programme électronucléaire a eu lieu en dehors de tout débat démocratique. Au Japon comme en France, le nucléaire est devenu une quasi-religion dont les grands prêtres sont les technocrates du «village nucléaire». Au Japon comme en France, personne ne pensait qu’un accident comparable à celui qui a eu lieu dans une Union Soviétique à bout de souffle pouvait se produire.

 

 

 

Prendre la décision de sortir du nucléaire, c’est réduire les risques qu’une pareille tragédie nous frappe un jour. Ce n’est pas une position de principe, mais un impératif et nous pouvons décider ensemble et dès demain d’éloigner définitivement ce péril. Nous pouvons le faire non pas dans l’urgence comme les Japonais, qui ont dû arrêter 43 de leurs 54 centrales en quelques semaines, mais dans la concertation. Nous pouvons le faire non pas dans le chaos énergétique, mais en prenant le temps de réduire la consommation d’énergie et de développer les filières des énergies renouvelables.

 

 

J’invite les autres candidats à la présidentielle à faire le voyage de Fukushima, je suis prête à les accompagner pour leur présenter celles et ceux qui sont devenus les cobayes de l’abomination nucléaire. Après Fukushima, plus personne ne peut défendre avec légèreté la poursuite du risque nucléaire, où que ce soit dans le monde.

8 réactions • Réagissez à cet article !

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  1. « … nous devons accompagner les efforts de recherche en faveur d’un nucléaire sûr, et qui produise moins de déchets » cela ce sont les déclarations de François Bayrou avec lequel Eva veut s’allier. Y’a comme un problème, non ? Bon, tant pis, comme il n’y a pas de vote blanc, j’ m’abstiendrai.

  2. Et oui c’est bien dommage que les médias aient si peu relayé ton déplacement Eva, à Fukushima. D’ailleurs Fukushima, ils n’en parlent plus. J’espères que ce n’est pas pour autant sorti de la mémoire des français, j’espère. bien que côté éléphants du PS, ils ne voients plus que ce qui les arrange. Quand a notre « p’it caporale  » Va Ten Guerre » dans sa mission très médiatisée de VRP de L’Empire Nucléaire Français, il n’en a pas dit un mot. « Nos centrales sont surs », comme nos Airbus, Comme Concorde, comme le Titanic. Cette confiance aveugle dans les technologies sophistiquées nous mène droit à notre propre perte. Eva relie la lettre ouverte que j’ai adressé au préfet de la Vienne et dont je t’ai remis un double lors de « la Grand messe » du journalisme à Poitiers. Je crois que je pose des questions pertinentes et qu’il faudrait l’envoyer à chaque Préfet de France. Dans une réunion publique au cours du forum sur « Energie » organisé à l’Espace Mendès France à Poitiers, cette semaine, et commandité par le maire de Poitiers Alain Clayes dans la droite file pro nucléaire de son mentor Hollande, le directeur de la centrale de Civaux à contester mon observation sur le problème d’arrêt d’urgence des centrales.
    J’affirme, selon des propos de cadres d’EDF que cet arrêt d’urgence n’a jamais été réalisé en vraie grandeur mais que sur simulateur électronique, tant ils ont peur des réactions thermiques dans le circuit primaire. Le directeur d’EDF affirme que cet arrêt d’urgence a été fait dans 26 réacteurs . Ce n’est donc déjà pas sur la totalité du parc de plus je penses vraiment vue leur mensonge habituel, que ces arrêts d’urgences ont été fait , si c’est vraiment le cas, sur des réacteurs en arrêt. C’est comme si on essayait les freins d’une voiture sur un parking et en stationnement. C’est un problème important et il me semble bien qu’à Three Miles Lands et à Tchernobyl, l’incident qui a provoqué les catastrophes a été provoqué justement au moment de la descente des barres de bores. manoeuvre qui est sensé se réalier en 2 à 3 secondes et qui doit couper la réaction électronucléaire. merci de me tenir informer de vos démarches pour éclaircir ces défaillances de la gestion et de la maintenance des centrales par EDF.
    PS le plan ORSEC d’évacuation des personnes autour de Civaux, simulé il y a 2 ou 3 ans, n’englobait qu’un périmètre de 11Km…
    J Luc Herpin

  3. Voici une réaction que j’ai déposé sur le site du journal Marianne suite à article intitulé « EELV pourquoi le clash d’Eva Joly était prévisible »
    « Soyons sérieux! Comment reprocher à Eva Joly des positions qui sont sa raison d’être! Le fondement de ce qu’elle représente: l’honnêteté et la lutte contre les magouilles, les lobbys affairistes!!!!!
    Faire de la politique autrement n’est-ce pas ce que revendiquent les verts depuis des années? N’est ce pas ce qu’ attendent surtout des millions des FRANÇAIS qui n’en ont cure des tractations politiciennes et qui sont surtout lassés par ces dernières!
    Alors il est sûr que ce genre d’attitude n’est pas politiquement correcte et est destiné à bouleverser profondément les choses . Mais les temps changent et il est impératif de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière d’un monde politique légèrement, lui aussi, à la dérive ….
    Plus concrètement, il me parait plus que singulier que le grand cafouillage des « travers de cet accord EELV-PS  » désigne Eva Joly comme étant le vilain petit canard de l’affaire alors que le coupable tout désigné est le parti socialiste qui a cédé avant même d’avoir accédé – à nouveau- au pouvoir, aux lobbies Nucléocrates. Il l’a fait, en outre, de façon totalement puérile avec cette histoire d’accord tronqué sur le MOX révélant ainsi une immaturité plus que déconcertante pour un parti cherchant à accéder, de nouveau, à la plus hautes fonction de l’État ! »

  4. Bravo Eva Joly !
    La ;sortie immédiate du nucléaire n’est pas négociable : c’est une urgence !
    Il n’y a pas deux ennemis : d’un côté Sarkozy et de l’autre côté, le nucléaire. Sarkozy et le nucléaire ne font qu’un et c’est cet ennemi-là que nous voulons éliminer. Surtout, tenez bon : plus de 70% des Français sont contre le nucléaire et autant contre Sarkozy.
    Courage !

  5. il faut absolument maintenir dans les négociations avec le PS le principe de la sortie du nucléaire et de l’abandon de l’EPR de Flamanville. C’est primordial pour la sauvegarde des citoyens et des populations.

  6. L’IMPACT DES FAIBLES DOSES
    Bonjour, je vais écrire quelque chose de terrible …à écrire.
    Le Japon et ses habitants-es sont déjà condamnés pour une peine de mort éternelle.

    PEINE DE MORT, parce que la dernière vidéo d’Arnie Gundersen nous montre des filtres d’habitacles de voitures qui ont été analysés par Marco Kaltofen, du Worcester Polytechnic Institute.
    Trois filtres ont été analysés par autoradiographie X, et leurs émissions en microroentgen par heure (µR/h) :
    - un filtre d’une voiture de Seattle, près de l’Océan Pacifique, où des retombées radioactives avaient été détectées. Pas de poussières alpha retrouvées sur le film, mais 11,7 µR/h.
    - un filtre d’une voiture de Tokyo, qui montre la présence de fines particules émettant des rayonnements alpha, les plus dangereux qui soient pour l’ADN. Et 18,9 µR/h.
    - un filtre d’une voiture de Fukushima-shi, ville principale de la préfecture de Fukushima-ken : bourré de particules piégées, et 199 µR/h.
    Les enfants se contaminent d’une façon étonnante : en nouant leurs chaussures, ils s’imprègnent les mains… et finissent par ingérer les particules, dont des particules alpha, dont le rayonnement est très rapidement arrêté par de l’air. C’est pour ça que 5 fois la dose, pour quelqu’un qui n’est pas de la partie, ça n’impressionne pas …du tout !

    A moins d’avoir une instrumentation très précise et de pointer pile sur les particules, on ne les mesure pas.

    Ceci pour dire que beaucoup diront : Bah, 5 fois la dose normale, ça va encore !!!
    Mais ces poussières d’uranium et de plutonium finement divisées, une fois piégées dans les poumons, c’est la mort assurée.

    Oh, pas tout de suite, mais l’AIPRI a fait des calculs là dessus : on dépasse 113 000 rads PAR AN, pour une sphère minuscule, de 50 µm de diamètre. Seulement, dans cette sphère de 0,05 mm autour de la poussière, il y a des cellules pulmonaires constamment bombardées par des noyaux très lourds et très énergétiques d’hélium.

    Ca, c’est pour la peine de mort infligée aux Japonais, et aux habitant de la côte Ouest.

    Quand je disais « Peine de mort éternelle », c’est pour les demi-vies de chaque radionucléide émettant des rayons alpha :
    Uranium-232 : le plus toxique de tous, demie-vie de 73,6 ans.
    Uranium-233 : demie-vie de 162 000 ans.
    Uranium-234 : demie-vie de 247 000 ans.
    Uranium-235 : demie-vie de de 708 000 000 années.
    Uranium-236 : demie-vie de 23 900 000 années.
    Uranium-238 : demi-vie de 4 530 000 000 années.
    Plutonium-239 : demi-vie de 24390 ans. Disparaît en 10 périodes (soit 243000 ans) pour donner …de l’Uranium-235. Qui lui a une demi-vie de 708 millions d’années…

    Le soleil aura donc le temps de naître et de mourir plus de deux fois avant que les Japonais soient débarrassés du problème lié à Fukushima.

    Quand on est conscient de ça, on rejoint l’équipe d’Éva et on se bouge le cul pour faire un score historique, à la hauteur du problème.
    Car Fukushima-Daiichi, c’est plusieurs fois ce qu’a émis le seul réacteur 4 de Tchernobyl, et plusieurs centaines de fois la quantité de plutonium émise en 1986.

    >>> Il faut absolument communiquer sur ces valeurs, les gens « lambda » que je croise sont affolés quand ils les entendent. Il est vital aussi de leur dire que le nucléaire c’est seulement 2% de l’énergie « utile » produite dans le monde; et que des alternatives comme la centrale solaire à concentration, employant des sels fondus fournit 50 MW électriques aux Espagnols, même la nuit. Et qu’en Allemagne, les éoliennes Enercon E-126 produisent jusqu’à 6 mégawatts crêtes, et que 225 suffisent à remplacer un réacteur mortifère comme le ruineux EPR.
    Avec des arguments de cet ordre, on devient crédibles. Enfin !

    La vidéo d’Arnie Gundersen, de Fairewinds Associates :
    http://fairewinds.com/content/scientist-marco-kaltofen-presents-data-confirming-hot-particles

    Les calculs de l’AIPRI : http://users.skynet.be/mauriceandre/gulf.htm

    Bon courage à tous.
    Bravo et merci, Éva !!

  7. TRANSITION ÉNERGÉTIQUE
    ou l’arrêt raisonné du nucléaire : le temps de l’urgence est venu.

    L’association négaWatt créée fin 2001 est composée d’un réseau de plus de 1000 membres, dont une très grande partie de professionnels, de leurs connaissances et leurs expériences de terrain.

    Sa démarche s’intéresse non pas à « l’offre », mais aux « besoins énergétiques ».
    Elle repose sur trois piliers indissociables : sobriété, efficacité, énergies renouvelables.

    L’abandon progressif et réaliste en 21 ans du recours à l’énergie nucléaire pose des contraintes de long terme et donc des décisions urgentes avec une vision directrice.
    Les temps de latence sur ce type d’infrastructure sont très longs et nécessitent une cohérence dans la durée.

    Une vidéo claire à écouter : http://www.vo-live.fr/vod/u2sKpzZ.html (si trop longue pour votre disponibilité consacrer peut-être une dizaine de minute à partir de la 104ème mn).

    L’objectif de sortie raisonnée est entre 2030 et 2035, atteindre cette fenêtre se décide maintenant en 2012 car des problèmes de sécurité et des contraintes industrielles se posent.
    Il est extrêmement difficile d’aller beaucoup plus vite en fonction des besoins futurs d’énergie et pour coller au scénario le moins optimiste de développement des énergies renouvelables, mais très problématique d’aller plus lentement car d’ici 2027, 80% du parc nucléaire aura atteint 40 ans ce qui engendre entre autre des investissements massifs en sureté nucléaire et ne supprime pas le coût des démantèlements à venir.

    Enfin, même les investisseurs privés se détournent de cette industrie du passé pour investir dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’isolation : des centaines de milliers d’emploi en France, non délocalisables.
    Arrêtons de prendre du retard sur les pays voisins. Changeons de politique.

    La fenêtre est autour de 2033 et pas ailleurs pour ne pas se retrouver coincé derrière cette problématique de sécurité des citoyen-ne-s d’ici quinze ans. L’urgence s’accroit pour débarrasser (en partie) les populations et les générations futures des risques multiples insensés et non maitrisables engendrés par cette production.
    Merci de votre attention.

    Texte basé pour beaucoup sur des extraits de la présentation du scénario négaWatt le 29 septembre 2011 (après ceux de 2003 et 2006).
    http://www.negawatt.org/telechargement/SnW11//Scenario_negaWatt_2011-Dossier_de_synthese-v20111017.pdf
    Ce texte ou des extraits peuvent être diffusés librement sans aucune réserve.

  8. Entre le déni et la méconnaissance de nos élus politiques sur le sujet du nucléaire et ses risques, et la désinformation des industriels du secteur, il est BON (!) d’entendre enfin une voix un peu instruite sur le sujet. Espérons que vous saurez vous faire entendre.
    ;0)